Définitions
Transcendant
Du Latin transcendere : passer au-delà ; le terme « transcendant » signifie extérieur, « au-delà« . Caractère de ce qui se situe au dehors du donné de l’expérience, et qui dépasse et détermine à la fois un ordre de réalité. Dire que Dieu est transcendant au monde c’est le distinguer du moi et du monde comme à la fois au-dessus et d’une nature radicalement supérieure.
Chez Kant : qui dépasse toute expérience possible. « Nous appellerons immanents les principes dont l’application se tient entièrement dans les limites de l’expérience possible, mais transcendants ceux qui doivent voler par dessus ces limites. » (Critique de la Raison pure, dialectique, introduction)
Dans le vocabulaire de la théologie et de la pensée philosophique classique, la transcendance d’une réalité métaphysique désigne sa propriété d’être supérieure et extérieure au donné de l’expérience. Dans le système platonicien, le monde intelligible est transcendant par rapport au monde perçu, en ce sens non seulement qu’il en est essentiellement différent, mais aussi qu’il est le modèle ou la cause du monde perçu, qui n’en est que la copie et la réalisation imparfaite.
Immanent
Du latin manere : demeurer signifie « intérieur« , « en dedans« . La notion d’immanence correspond à ce qui existe à l’intérieur d’un être ou une chose, qui résulte de sa nature même et non d’une action extérieure.
Chez Kant : caractère d’un principe dont le champ d’application ne peut excéder l’expérience possible.
Les théologies monothéistes considèrent que Dieu, être infini et parfait, est transcendant par rapport au monde créé. Spinoza, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, sera condamné par les Églises et de nombreuses universités pour avoir soutenu que Dieu est immanent au monde, qu’il est présent jusque dans ses plus infimes parties.
Pour Approfondir
L’opposition ontologique entre transcendant et immanent peut être rapprochée de l’opposition spatiale entre extérieur et intérieur. L’une indique le principe d’un dépassement des limites d’un espace donné, l’autre indique le maintien à l’intérieur de ces mêmes limites. Où l’on retrouve d’ailleurs pleinement le double sens originel de la limite : à la fois ce qui enclos et protège et ce à partir de quoi tout commence.
On trouve cette opposition entre le transcendant et l’immanent chez Kant : est transcendant ce qui est au-delà de toute expérience possible, alors qu’on dit que sont immanents les principes de la connaissance qui ne s’appliquent qu’aux phénomènes et ne valent que pour toute expérience possible. Utiliser ces principes en dehors du champ de l’expérience possible consiste alors à en faire un usage transcendant. Tel est le cas quand nous considérons que la proposition « Dieu existe » peut être démontrée.
Les rapports de Dieu au monde
Dire que Dieu est « transcendant« , c’est dire qu’il est extérieur au monde et au-dessus de lui ; qu’il le crée comme quelque chose vis-à-vis de quoi il se tient à une certaine sorte de distance : c’est la distance qui sépare le Créateur de sa créature. Dieu est comme le principe et le monde comme la conséquence.
On retrouve aussi cette idée de transcendance chez Platon, pour qui le monde des Idées est transcendant au monde sensible : il se situe « au-delà », et pas seulement « plus loin » : de l’un à l’autre, il y a un véritable saut qualitatif. Seules les idées sont véritablement alors que le monde sensible, en devenir, est toujours changeant, autre que lui-même. Dire qu’il est immanent, c’est dire au contraire que Dieu est « dans » les choses, partout.
Pour Spinoza, Dieu et la Nature sont la même chose ; parce que Dieu est tellement « dans » le monde qu’il ne se distingue plus de lui : il EST le monde. « Dieu est cause des choses qui sont en lui. D’autre part, en dehors de Dieu, il ne peut y avoir aucune substance. Donc Dieu est cause immanente … de toutes choses. » (Ethique, I, prop. 18). Dieu n’est pas autre chose que la nature. Et il n’y a pas d’absolu en dehors de nous. L’affirmation de la transcendance divine qui confère à Dieu son statut de créateur lui apparaît comme une conséquence du préjugé finaliste. Morale et politique sont alors considérées comme des œuvres de la raison et ont leur source en l’homme. L’œuvre de Spinoza ouvre la voie de la critique de la religion.
La thèse selon laquelle aucun être et aucun principe ne sont extérieurs à l’homme ni supérieurs à lui se trouve en opposition avec la plupart des doctrines religieuses faisant dépendre l’homme d’un Etre transcendant. Elle contredit également la plupart des systèmes métaphysiques, qui ne peuvent se passer du recours à un principe transcendant, qu’il s’agisse de la philosophie de Platon ou de celle de Descartes.
Traquant la transcendance, Nietzsche dénonce les « arrière-mondes » et le culte des idoles. Par l’expression « Dieu est mort » il explique que nous sommes laissés à nous-mêmes, que nous ne devons plus espérer ni découvrir une vérité transcendante et cachée, ni inventer la fin de l’histoire en édifiant une vérité transcendante et définitive.