1. L’auteur 
  • Émile Zola, écrivain français (Paris, 2 avril 1840 – Paris, 29 septembre 1902), est considéré comme le chef de file du naturalisme. Il possède une personnalité d’homme et d’écrivain complexe, doté d’un tempérament artistique porté vers les grandes constructions romanesques et la vigueur épique de l’écriture.
  • A partir de 1893, il entreprend de rédiger de nouveaux cycles d’œuvres. Il s’agit d’une trilogie romanesque, Les trois villes Lourdes Rome et Paris.
  • Le cycle des trois villes, suit l’itinéraire d’un héros unique, Pierre Froment. qui évolue du séminaire à l’athéisme pacifié et finit par trouver le bonheur dans l’amour, le mariage, la vie saine et féconde. Les trois romans ont été publiés respectivement en 1894, 1896 et 1898.
  • Zola y dénonce principalement les illusions de la foi religieuse pour mieux affirmer sa foi matérialiste dans l’homme, le progrès, la science.
  • Le livre Paris dont est tiré l’extrait clôt le cycle des trois Villes. Choqué par la dévotion naïve de Lourdes, déçu par l’égoïsme et le conformisme des pontifes de Rome, Pierre Froment revient à Paris pour chercher un sens à sa foi et sa vie. Il continue à prêcher dans Montmartre, mais il ne croit plus au message qu’il enseigne.
  1. Paris

« Pierre marchait toujours devant lui, machinal, emporté par sa noire rêverie. La nuit venait, on allumait les premiers becs de gaz, c’était l’entre-chien-et-loup de Paris, l’heure où les 

ténèbres ne sont pas encore, où les globes électriques flamboient dans le jour qui va s’éteindre. De tous côtés, les 

étincelles des lampes luisaient, les magasins éclairaient leurs vitrines. (…)

Bientôt, les Boulevards allaient charrier les étoiles vives des voitures, ainsi qu’une voie lacté en marche entre les deux trottoirs incendiés par les lanternes, les rampes, les girandoles, un luxe aveuglant de plein soleil. Et dans les cris des cochers, dans la bousculade des piétons, grondait la hâte dernière du Paris des affaires et des passions (…)

La dure journée était faite, le Paris du plaisir s’illuminait, commençait la nuit de fête. Les cafés, les marchands de vin, les restaurants braisillaient, étalaient, derrière les hautes glaces sans tain, leurs comptoirs de métal clair, leurs petites tables blanches, la tentation des beaux fruits et des paniers d’huîtres, à leurs portes. Et ce paris qui s’éveillait ainsi, aux premiers becs de gaz, était pris déjà d’une gaîté de jouissance, cédant à l’appétit de tout ce qui s’achète. (…)
 

Au moment, où il arrivait à la place de l’Opéra, Pierre, brisé de fatigue, éperdu, leva les yeux. Où était-il donc ? Le cœur de la  

grande ville semblait battre là, dans la vaste étendue de ce carrefour, comme si le sang des quartiers lointains eût affublé de tous les côtés, par de triomphales avenues. Il regarda se perdre à l’horizon les trouées de l’avenue de L’opéra, des rues du 4 Septembre et de le Paix, claires encore d’un reste de jour, déjà étoilées d’un fourmillement d’étincelles. Le boulevard traversait la place du torrent de sa circulation, où venaient se heurter les afflux des rues voisines, en de continuels remous, qui faisaient de ce point le gouffre le plus dangereux du monde. (…)

Puis, c’était la masse isolée de l’Opéra, peu à peu noyée d’ombre et mystérieux, tel q’un symbole, et dont l’Apollon 

porteur de lyre, tout en haut, gardait un dernier reflet de lumière dans le ciel blême. Et toutes les fenêtres des façades s’éclairaient, une allégresse naissait de ces milliers de lampes 

qui étincelaient une à une, un besoin de détente universelle, de libre assouvissement s’épandait avec l’ombre croissante, tandis que, de loi en loi, les globes électriques éclataient comme les lunes des nuits éclaires de Paris. (…)

Maintenant, il s’était tourné vers la ville. Paris immense se déroulait à ses pieds, un Paris limpide et léger, sous la clarté rose de cette soirée de printemps précoce. La mer sans fin de toitures se découpait avec une netteté singulière, qui aurait permis de compter les cheminées, les petits traits noirs des fenêtres par million. Dans l’air calme, les monuments semblaient des navires à l’ancre, une escadre arrêtée en sa marche, dont la haute mâture luisait à l’adieu du soleil. Et jamais Pierre encore n’avait mieux distingué les grandes divisions de cet océan humain : la ville du travail manuel, là-bas, à l’est et au nord, avec le ronflement et les fumées des usines, la ville de l’étude, de l’intellectuel labeur, si calme d’une si large sérénité, au sud, de l’autre côté du fleuve ; tandis que la passion du négoce était partout, montant des quartiers du centre, où se ruait bousculade des foules, parmi le continuel fracas des roues , et que la ville des heureux, des puissants, déroulait à l’ouest son entassement de palais, dans l’incendie peu à peu sanglant de l’astre se coucher. (…)

Les trois villes, Paris

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