Obligation et Contrainte

Définitions


Obligation


Du latin ob, ligare : « lier par contrat » (plus tard, XVIIe, obligé : lié par amour). A l’origine, relation juridique entre des personnes, telle que l’une soit tenue d’exécuter certains actes.
Lien moral qui soumet l’individu à une loi (religieuse, morale ou sociale); prescription constituant la matière d’une loi de cette nature.

Contrainte


Du latin constringere : « serrer ». Lien ou règle qui limite, entrave ou empêche la liberté d’action.
Norme sociale issue des lois et règlements, ou encore de l’opinion et des mœurs.
Force ou coercition extérieure qui empêche l’action volontaire. Ne pas confondre avec obligation, qui émane de la volonté.
Pour Approfondir
Le vocabulaire philosophique distingue nettement la contrainte qui pèse de l’extérieur sur quelqu’un, et l’obligation, qui vient de l’intérieur. La contrainte est une nécessité à laquelle on peut se soustraire tandis que l’obligation n’est suivie que par celui qui veut la respecter.
L’obligation ne doit pas donc pas être confondue avec la contrainte : être obligé, c’est, d’une manière ou d’une autre, répondre à un sollicitation, volontairement.

L’obligation est une autodétermination de la volonté, même si celle-ci peut être contrariée par des motivations (passions, penchants égoïstes, par exemple), et relève de l’autonomie, tandis que la contrainte renvoie à une force extérieure à soi, qui s’exerce sur soi pour obtenir un effet indépendant de la volonté et le plus souvent contraire à elle. Là seulement où vous n’êtes pas contraint, où il n’y a pas nécessité, il y a du sens à utiliser le mot de « devoir ». L’obligation et le devoir supposent donc la liberté de l’homme. (distinction « ce qui est » et « ce qui doit être »).
La notion de devoir se comprend dans le décalage qu’il y a entre l’obligation et la contrainte : je peux être obligé sans être contraint. Le véritable sens du mot « devoir » rejoint la notion d’ « obligation », non de « contrainte ». Le devoir, c’est se sentir obligé envers quelqu’un ou quelque chose, et ce terme désigne donc une obligation d’obéir. (« Debere » : être obligé d’obéir). L’obligation est un terme utilisé en droit et en morale. Le sens en droit s’approche de la contrainte (lien par lequel vous êtes astreint à faire ou ne pas faire quelque chose).
L’obligation morale correspond au devoir, et ne doit pas être associée à l’obligation sociale (relative au système de règles en vigueur dans une société donnée). Autrement dit, l’obligation comporte une dimension morale et volontaire. On peut se considérer comme obligé, c’est-à-dire soumis à un devoir moral qui n’exerce sur moi de réel pouvoir contraignant ; on peut ainsi concevoir l’obligation comme une contrainte librement consentie.
Quand nous agissons par obligation, c’est que nous acquiesçons à la loi ou à l’impératif auquel on obéit (à tel point que cette loi ou cet impératif, nous aurions pu nous-mêmes nous le donner = cf. notion d’autonomie kantienne). L’obligation ne s’oppose nullement à la liberté (cf. Rousseau, Contrat Social : « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté »).
Par contre, quand nous agissons par contrainte, nous obéissons alors à une force extérieure qui nous pousse à agir contre notre gré. Or, comme le dit Rousseau, nous ne sommes obligés d’obéir qu’aux puissances légitimes (et non, par exemple, à un ordre qui repose sur la force, la menace…).
Aussi, ce qui m’oblige, c’est ce que je me sens tenu de faire en raison de ma conscience morale, et non d’une contrainte ou d’une force extérieure. La soumission ne tient qu’à moi : elle est volontaire (j’ai toujours la possibilité matérielle de m’y soustraire mais ce serait commettre une faute morale).
La contrainte nous force sans nous laisser le choix. Elle prend la forme d’une nécessité physique à laquelle je n’ai pas le pouvoir d’opposer un refus. L’obligation au contraire repose sur le choix, même si en apparence on se sent aussi contraint. En effet, dans l’obligation, j’adhère librement, mes obligations (obligations scolaires, obligations familiales, obligations morales) ne me contraignent parce que je pourrais très bien m’y soustraire malgré les risques que je prends. Toutes les obligations (scolaires, familiales etc.) proviennent en fait de l’obligation morale.
On trouvera dans le Contrat social de Rousseau une problématisation de cette distinction : celui qui adhère au pacte social en quittant l’état d’isolement et d’indépendance naturelle est obligé d’obéir aux règles et à la communauté que produit ce pacte, parce qu’il sait qu’en réalité il n’obéit finalement qu’à lui-même. Rousseau exprime ainsi le dilemme (chapitre VI) : « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. Tel est le problème fondamental auquel le contrat social donne la solution. »

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