1. L’auteur
  • Georges Sand (1804-1876), écrivain français, auteur de romans, de nouvelles, de contes, de pièces de théâtre, de lettres, de textes autobiographiques, de critiques littéraires, de textes politiques, de pamphlets, de préfaces et de vingt-six volumes de correspondance. 
  • Le récit de voyage un hiver à Majorque a paru pour la première fois en 1841, dans la revue des deux Mondes et en volume en 1842. Il a été écrit après le séjour effectué par Georges Sand, ses enfants et Chopin, dans l’île de Majorque pendant l’hiver 1837-38.
  1. Ile de Majorque et sa capitale Palme
  • Situation de l’île

« Ce fut une véritable joie pour moi que de retrouver Majorque avec ses palmiers, ses aloès, ses monuments arabes et ses costumes grecs. Je reconnaissais tous les sites avec leur couleur poétique, et je retrouvais toutes mes impressions effacées déjà, du moins à ce que je croyais. (…) Majorque est l’Eldorado de la peinture. Tout y est pittoresque, depuis la cabane du paysan, qui a conservé dans ses moindres constructions la tradition du style arable, jusqu’à l’enfant drapé dans ses guenilles (…) Le caractère du paysage, plus riche en végétation que celui de l’Afrique ne l’est en général, a tout autant de largeur, de calme et de simplicité. C’et la verte Helvétie sous le ciel de la Calabre, avec la solennité et le silence de l’Orient. »


« Cette île est la plus grande et la plus fertile de l’archipel Baléare, vestige d’un continent dont la méditerranée doit avoir envahi le bassin, et qui, ayant uni sans doute l’Espagne à l’Afrique, participe du climat et des productions de l’une et de l’autre. Elle est située à 25 lieues sud-est de Barcelone, à 45 du point le plus voisin de la côte africaine, et, je crois, à 95 ou 100 de la rade de Toulon. Sa surface est de 1234 milles carrées, son circuit de 143, sa plus grande extension de 54, et la moindre de 28 (…) L’été est brûlant dans toute sa plaine ; mais la chaîne de montagnes qui s’étend du nord-est au sud-ouest (…) influe beaucoup sur la température l’hiver ».

  • Palma de Majorque

« Au premier abord, la capitale majorquine ne révèle pas tout le caractère qui est en elle. C’est en la parcourant dans l’intérieurs, en pénétrant le soir dans ses rues profondes et mystérieuses, qu’on est frappé du style élégant et de la disposition originale de se moindres constructions. Mais c’est surtout du côté du nord, lorsqu’on arrive de l’intérieur des terres, qu’elle se présente avec toute sa physionomie africaine. (…)

Les trois principaux édifices de Palma sont la cathédrale, la Lonja (bourse) et le Palacio-Real. La cathédrale attribuée par la majorquins à don Jaime le Conquérant, leur premier roi chrétien et en quelque sorte leur Charlemagne, fut en effet entreprise sous ce règne, mais elle ne fût terminée qu’en 19601. Elle est d’une immense nudité ; la pierre calcaire dont elle est entièrement bâtie est d’un grain très fin et d’une belle couleur ambre. Cette masse imposante, qui s’élève au bord de la mer, est d’un grand effet lorsqu’on entre dans le port ; mais elle n’a de vraiment estimable, comme goût, que le portail méridional, signalé par M.Laurens comme le plus beau spécimen de l’art gothique q’il ait jamais eu occasion de dessiner. L’intérieur est des plu sévères et des plus sombres. (…)

Les majorquins prétendent que leur cathédrale est de très supérieurs à celle de Barcelone, de même que leur Lonja est infiniment, selon eux, plus belle que celle de Valence. Je n’ai pas vérifié le dernier point, quant au premier, il est insoutenable. (…)

Le Palacio-Real, que M. grasset de Saint-Sauveur n’hésite point à croire romain et mauresque (ce qui lui a inspiré des émotions tout à fait dans le goût de l’empire), a été bâti, dit-on, en 1309. M. Laurens se déclare troublé dans sa conscience à l’endroit des petites fenêtres géminées, et des colonnettes énigmatiques qu’il a étudiées dans ce monument. (…) [Il] est d’un aspect fort pittoresque. Rien de plus irrégulier, de plus incommode et de plus sauvagement Moyen âge que cette habitation seigneuriale ; mais aussi rien de plus fier, de plus caractérisé, de plus hidalgo que ce manoir composé de galeries, de tours, de terrasses et d’arcades grimpant les unes sur les autres à une hauteur considérable, et terminées pas un ange gothique, qui, du sein des nues, regarde l’Espagne par-dessus la mer. (…)

Le Lonja est le monument qui m’a le plus frappé par ses proportions élégantes et un caractère d’originalité que n’excluent ni une régularité parfaite ni une simplicité pleine de goût (…)

Un quatrième monument fort remarquable est le plais de L’Ayuntamient, ouvrage du seizième siècle, dont on compare avec raison le style à celui des palais de Florence. Le toit est surtout remarquable par l’avancement de ses bords, comme ceux des palais florentins et des chalets suisses ; mais il a cela de particulier, qu’il est soutenu par des caissons à rosaces fort richement sculptées sur bois, alternées avec de longues cariatides couchées sous cet auvent, qu’elles semblent porter en gémissant, car la plupart d’entre elles ont la face cachée dans leurs mains »

Un hiver à Majorque

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