- Chateaubriand (1768-1848)
Extrait de Itinéraire de Paris à Jérusalem
« Du haut de la Trinité du Mont, les clochers et les édifices lointains paraissent comme les ébauches effacées d’un peintre, ou comme des côtes inégales vues de la mer, du bord d’un vaisseau à l’ancre.
Ombre de l’obélisque : combien d’hommes ont regardé cette ombre en Egypte et à Rome ?
Trinité du Mont déserte : un chien aboyant dans cette retraite des Français. Une petite lumière dans la chambre élevée de la villa Médicis.
Le Cours : calme et blancheur des bâtiments, profondeur des ombres transversales. Place Colonne : Colonne Antonine à moitié éclairée.
Panthéon : sa beauté au clair de la lune.
Colisée : sa grandeur et son silence à cette même clarté.
Saint-Pierre : effet de la lune sur son dôme, sur le Vatican, sur l’obélisque, sur les deux fontaines, sur la colonnade circulaire. »
- Stendhal (1743-1842)
Extrait de Promenades dans Rome, I
« J’écris ici de petites remarques tout à fait personnelles, et non point les idées des personnes aimables avec lesquelles j’ai le bonheur de voyager.
Je suivrai cependant l’ordre que nous avons adopté, car, avec un peu d’ordre, on se reconnaît bien vite au milieu du nombre immense de choses curieuses que referme la vielle éternelle. Chacun de nous a placé les titres suivants à la tête de six pages de son carnet de voyages :
1° Les ruines de l’antiquité : le Colysée, le Panthéon, arcs de triomphe, etc. ;
2° Les chefs d’œuvres de la peinture : les fresques de Raphaël, de Michel-Ange et d’Annibal Carrache (…)
3° Les chefs d’œuvres de l’architecture moderne : Saint- Pierre, le palais Farnèse, etc., etc. ;
4° Le statues antiques : l’Apollon, le Laocoon, que nous avons vus à Paris ;
5° Les chefs d’œuvres des deux sculpteurs modernes : Michel-Ange et Canova ; le Moise à San Pietro in Vincoli, et le tombeau du Pape Rezzonico dans Saint Pierre ;
6] Le gouvernement et les mœurs qui en sont les conséquences. »
- III.Taine Hippolyte (1828-1893)
Extrait de Voyage en Italie, A Rome
« La grandeur et la beauté y sont rares comme partout ; mais presque tous les objets sont dignes d’être peints et vous tirent de la petite ville régulière et bourgeoise.
D’abord elle est sur des collines, ce qui donne aux rues une diversité, un caractère. Selon la pente, le ciel est découpé diversement par les files des maisons.
Ensuite quantité de choses indiquent la force, même aux dépens du goût ; églises, couvents, obélisques, colonnades, fontaines, statues, tout cela révèle soit un grand parti pris de la vie, soit le grandeur des richesses accumulées par la conquête matérielle ou spirituelle. »
- IV.Joachim du Bellay (1522-1560)
Les antiquités de Rome 1558
«Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome
Et rien de Rome en Rome n’aperçois,
Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois,
Et ces vieux murs, c’est ce que Rome on nomme.
Vois quel orgueil, quelle ruine : et comme
Celle qui mit le monde sous ses lois,
Pour dompter tout, se dompta quelquefois,
Et devint proie au temps, qui tout consomme.
Rome de Rome est le seul monument,
Et Rome Rome a vaincu seulement.
Le Tibre seul, qui vers la mer s’enfuit,
Reste de Rome. Ô mondaine inconstance !
Ce qui est ferme, est par le temps détruit,
Et ce qui fuit, au temps fait résistance. »
- V.Bellenger Alfred
Extrait de A travers l’Italie, souvenirs de voyage, , 1882
« Enfin, l’on devine Rome dans le lointain. Avant d’y arriver, la ligne du chemin de fer décrit un demi-cercle autour de la ville. Pendant ce trajet, l’on aperçoit une foule de monuments de la ville éternelle qui dessinent leurs silhouettes majestueuses sur l’azur bleu du ciel. Inutile de dire combien est vive l’émotion que l’on ressent alors.(…) On se sent accablé par tant de grandeurs et tant de merveilles. On se demande si l’on pourra mettre de l’ordre dans ce cahos qui se fera dans l’esprit, qiand on aura vu tant de temples, de basiliques, de théâtres, de naumachies, d’arcs de triomphe, de cirques, de colonnes, de fontaines, d’aqueducs, d’obélisques, de tombeaux, de mausolées et de palais. Le meilleur moyen de bien visiter Rome est encore de suivre le conseil de Stendhal : « S’attacher à ce que l’on voit, peu se soucier des noms, ne croire qu’aux inscriptions. »
- VI.De Lagenardière Raoul
Extrait de 33 jours en Italie (13 avril-16 mai 1898), 1899
« Comme l’entrée de Rome est impressionnante ! Dès que le pied en foule le sol, les réminiscences de près de trois mille ans d’histoire affluent dans l’esprit et se répercutent dans le cœur par des sentiments correspondants.(…) Rome, reine du monde, phare de l’univers, arbitre des destinées humaines, trône des arts, sanctuaire des muses, chaire de l’éloquence dans l’antiquité ; Rome abri de tant de grandes vies, couronnées de noms illustres dont la gloire trace une auréole sur son front, séjour et patrie de Cicéron, de Virgile, d’Horace, de César, d’Auguste.(…) Chateaubriand entrant à Rome s’écriait : « Il me serait impossible de vous dire ce qu’on éprouve lorsque Rome vous apparaît tout d’un coup. La multitude des souvenirs, l’abondance des sentiments vous oppressent, votre âme est bouleversée à l’aspect de cette Rome qui a recueilli deux fois la succession du monde comme héritière de Saturne et de Jacob »