Le midi de la France à travers Mérimée (Vézelay)

  1. L’auteur
  • Prosper Mérimée est né à Paris, le 28 septembre 1803. On lui attribua une parenté secrète avec l’impératrice Eugénie ; il fut un des familiers de la cour impériale de Napoléon III et sénateur.
  • Dans la première moitié du XIXe siècle, l’État va tenter, de manière centralisée, de préserver les monuments français. En 1837 est créée la commission des Monuments historiques ; signe d’une volonté de sauvegarde du patrimoine, les crédits affectés à la restauration feront plus que tripler entre 1835 et 1840. C’est dans ce cadre que va s’inscrire l’action de Mérimée.
  • Après avoir occupé d’autres charges dans l’administration, Mérimée est nommé, en mai 1834, inspecteur général des Monuments historiques. Prenant la suite de Ludovic Vitet, le premier à occuper ce poste, il a pour fonction, comme son prédécesseur, de « parcourir successivement tous les départements de la France, [de] s’assurer sur les lieux de l’importance historique et du mérite d’art des monuments »
  • Pour réaliser cet inventaire des monuments à sauvegarder, Mérimée va, dès 1834, effectuer  de nombreux voyages dont il rend compte à son ministre de tutelle, le ministre de l’Intérieur. Quatre d’entre eux, en 1834 dans le Midi, en 1835 dans l’Ouest, en 1837 dans le Centre et en Auvergne, en 1839 en Corse.
  • En 1834, il entreprend donc un voyage dans le midi de la France pour observer l’état des sites patrimoniaux, qui 

donnera lieu à publication dans ses Notes d’un voyage dans le midi de la France. 

  • Il trouve l’église de Vézelay dans un état déplorable. Restaurée et tirée de l’oubli, cette église redeviendra un lieu de pèlerinage vers 1870. Elle est maintenant considérée par l’UNESCO comme un élément du patrimoine mondial.
  1. Vézelay

« La petite ville de Vézelay est bâtie sur un rocher calcaire qui s’élève abruptement au milieu d’une vallée profonde, resserrée par des collines disposées en amphithéâtre. On découvre d’assez loin les maisons semées sur une pente rapide, qu’on prendrait pour les degrés d’un escalier, des restes de fortifications en terrasse, et surtout l’église qui, placée sur le point culminant de la montagne, domine tous les environs.  Je venais de, traverser des bois bien plantés, par une route commode, au milieu d’une nature sauvage que l’on admire sans être distrait par les cahots. Le soleil se levait. Sur le vallon régnait encore un épais brouillard percé çà et là par les cimes des arbres. Au-dessus apparaissait la ville comme une pyramide resplendissante de lumière. Par intervalles, le vent traçait de longues trouées au milieu des vapeurs, qui donnaient lieu à mille accidents de lumière, tels que les paysagistes anglais en inventent avec tant de bonheur. Le spectacle était magnifique, et ce fut avec une prédisposition à l’admiration que je me dirigeai vers l’église de la Madeleine (…)

D’après ce qui reste, il est facile de se faire une idée de cette façade, telle qu’elle était lors de la construction primitive : trois portés principales cintrées, avec des archivoltes et des tympans richement sculptés, étaient précédées d’une montée de quelques gradins. Deux tours carrées, médiocrement élevées, encadraient la façade, et se réunissaient par une galerie dont quelques parties subsistent encore dans la tour de droite. Au-

dessus de cette galerie, suivant toute apparence, s’élevait un fronton triangulaire. (…)

C’est surtout la richesse et la variété de l’ornementation qui distinguent l’église de Vézelay. Les chapiteaux, je ne parle que des plus anciens, sont tous différents. Les uns représentent des sujets bibliques, d’autres les supplices des damnés, quelques-uns des chasses, ou bien des animaux inventés par le caprice du sculpteur. On y voit des diables pourvus de cornes et de queues, tourmentant les damnés. D’autres chapiteaux, mais en plus petit nombre, offrent des ornements bizarres, ou bien des feuillages capricieusement agencés. Plusieurs sont ornés de 

fleurs, entre autres de roses, assez bien exécutées. La forme générale de tous est une pyramide tronquée, dont les angles sont arrondis. Presque toutes les bases sont garnies de moulures de perles ou de palmettes. Pour l’ornementation, les piliers de la partie ogivale de la nef ne diffèrent en rien de ceux de la portion la plus ancienne ; quant à ceux du choeur, ils n’ont que de simples moulures surmontées d’un tailloir. (…)

La ville de Vézelay, qui n’a guère qu’un millier d’habitants, est pauvre, sans industrie, éloignée de grandes routes, dans une position peu accessible. Il lui est impossible de subvenir, je ne dis pas aux réparations nécessaires, mais même à celles qui n’auraient pour but que d’empêcher les progrès de la destruction, Aussi le mal s’accroît tous les jours. Si l’on tarde encore à donner des secours à la Madeleine, il faudra bientôt prendre le parti de l’abattre pour éviter les accidents. »

Notes d’un voyage dans le midi de la France

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