- L’auteur (1790 – 1832)
- Jean-François Champollion dit Champollion le Jeune (né le 23 décembre 1790 à Figeac, dans le Lot et mort le 4 mars 1832 à Paris) est un égyptologue français.
- Déchiffreur des hiéroglyphes, il est considéré comme le père de l’égyptologie. Il disait de lui-même : « Je suis tout à l’Égypte, elle est tout pour moi ».
- Il démontra grâce à l’analyse de la célèbre pierre de Rosette, que l’écriture des anciens Égyptiens allie signes phonétiques et idéogrammes. Il en révèle la clef en 1822, conférant à l’étude des antiquités égyptiennes un statut scientifique et ouvrant au Louvre un département d’égyptologie en 1827
- En 1828 son rêve se réalise, il part pour l’Egypte. Hormis son groupe, constitué d’un petit nombre de scientifiques et de dessinateurs, il sera accompagné dans ce voyage par une équipe toscane, dirigée par son ami Ippolito Rosellini. Durant 18 mois l’équipe internationale parcourt le Nil du Delta au Soudan. Pour récolter le plus possible de documents le groupe sera divisé en deux équipes aux tâches bien définies. Durant ce voyage, il obtient de Méhemet Ali, vice-roi d’Égypte, la promesse de don de l’Egypte à Paris d’un obélisque de Louxor.
- A son retour d’Egypte, il est nommé membre de l’Académie des sciences et Belles-Lettres en 1831. Il obtient aussi la première chaire d’égyptologie du Collège de France. Il meurt le 4 mars 1832. Les Toscans publient très vite les résultats de leur expédition. Ceux de la partie française ne seront publiés qu’en 1844 : Les monuments d’Egypte et de la Nubie. D’autre part toute l’œuvre publiée par Champollion est posthume, notamment ses lettres d’Egypte et de Nubie dans lesquelles il
mentionne l’existence du tombeau d’une femme pharaon, Taousert ; elle servira de trame à Théophile Gautier pour son Roman de la momie.
- Le Caire
« En nous réveillant le 19 a matin, nous vîmes enfin les pyramides, dont on pouvait déjà apprécier les masses, quoique nous fussions à huit lieues de distance. A une heure trois quarts, nous arrivâmes au sommet du Delta (…), à l’endroit même où le fleuve se partage en deux grandes branches, celle de Rosette et celle de Damiette. La vue est magnifique, et la largeur du Nil étonnante. A l’occident les Pyramides s’élèvent au milieu des palmiers ; une multitude de barques et de bâtiments se croisent dans tous les sens. (…)
« Nous arrivâmes au Caire au bon moment : ce jour-là et le lendemain étaient ceux de la fêtes que les musulmans célèbrent pour la naissance du Prophète. La grande et importante place d’Ezbékiéh, dont l’inondation occupe le milieu, était couverte de monde entourant les baladins, les danseuses, les chanteuses, et de très belles tentes sous lesquelles on pratiquait des actes de dévotion. Ici, des musulmans assis lisaient en cadence des chapitres du Coran ; là, trois cents dévots, rangés en lignes parallèles, assis, mouvant incessamment le haut de leur corps en avant et en arrière comme des poupées de charnière, chantaient en cœur La Allah ila Allah (Il n’y a point d’autre Dieu que Dieu).
« On dit beaucoup de mal du Caire : pour moi, je m’y trouve dort bien ; et ces rues de 8 à 10 pieds de largeur, si décriées, me paraissent parfaitement bien calculées pour éviter la trop grande chaleur. Sans être pavées, elles sont d’une propreté
fort remarquable. Le Caire est ne ville tout à fait monumentale ; a plus grande partie des maisons est en pierre, et à chaque
instant on y remarque de portes sculptées dans le goût arabe ; une multitude de mosquées, plus élégantes les unes que les autres, couvertes d’arabesques du meilleur goût, et ornées de minarets admirables de richesse et de grâce, donnent à cette
capitale un aspect imposant et très varié. Je l’ai parcourue
dans tous les sens, et je découvre chaque jour de nouveaux édifices que je n’avais pas encore soupçonnés. (…)
A la Mosquée :
« J’acceptai avec empressement [d’y entrer], et, franchissant lestement la première porte, on m’arrêta tout court à la seconde : il fallait entrer dans le lieu sans chaussure ; j’avais des bottes, mais j’étais sans bas ; la difficulté était pressante. Je quitte mes bottes, j’emprunte un mouchoir à mon janissaire pour envelopper mon pied droit, un autre mouchoir à mon domestique nubien Mohammed, pour mon pied gauche, et me voilà sur le parquet en marbre de l’enceinte sacrée ; c’est sans contredit le plus beau monument arabe qui reste en Egypte. La délicatesse des sculptures est incroyable, et cette suite de portiques en arcades est d’un effet charmant.
Je ne parlerai ici ni des autres mosquées, ni des tombeaux des califes et des sultans mamelouks, qui forment autour du Caire une seconde vielle plus magnifique encore que la première ; cela me mènerai trop loin, et c’en est assez de la vieille Egypte, sans m’occuper de la nouvelle ».
Extrait de lettres écrites d’Egypte et de Nubie en 1828 et 1829, 1868