- L’auteur
- François René de Chateaubriand (1768-1848) a vécu quatre-vingt ans de l’histoire de France, a traversé les régimes politiques, a voyagé sur tous les continents, et a réussi à allier à ces expériences le temps de la réflexion et de l’écriture.
- Chateaubriand est le précurseur du romantisme français. Il a été à la fois un spectateur et un acteur durant une période marquée par l’instabilité politique.
- Il entreprend en 1806 un voyage en Orient qui lui inspire Les Martyrs (1809), nouvelle apologie du christianisme. Il publie le récit de son voyage en 1811 dans Itinéraire de Paris à Jérusalem.
- L’Itinéraire de Paris à Jérusalem est constitué de notes et d’impressions de voyage que Chateaubriand a rassemblées pour être en mesure de donner un cadre vivant et exact aux Martyrs. Chateaubriand avait accumulé, avant son départ, un grand nombre de renseignements historiques et géographiques sur les pays qu’il allait visiter ; c’est donc en connaissance de cause qu’il entreprend ce périple qui dura de juillet 1806 à juin 1807.
- Chateaubriand séjourne au Caire du 1er au 8 novembre ; il visite la mosquée, le puits de Joseph, se rend à Djizé, mais
ne peut atteindre le site des Pyramides, le Nil ne permettant de s’en approcher ni à pied ni en bateau : pendant 5 jours, il
attendra de pouvoir » visiter les sépulcres des Pharaons « . Il charge cependant M.Caffe, négociant de Rosette, qui l’a accompagné dans son voyage, « d’écrire [son] nom sur ces grands tombeaux, selon l’usage, à la première occasion ».
- Chateaubriand devant les pyramides du Caire
Voici l’autre aspect essentiel de l’Itinéraire : la tendance à la méditation, qui apparaissait déjà à la fin de la description d’Athènes. Les Pyramides, qu’il décrit à peine, inspirent au philosophe de graves variations sur le thème de l’immortalité et du néant dont le ton fait songer à Bossuet. Pourtant, pour une fois, Chateaubriand s’élève contre l’extrême rigueur du prédicateur : il est trop avide de gloire pour méditer sur le néant avec la majestueuse humilité de Bossuet. En lisant cette page on songe à ce tête-à-tête avec l’Océan et avec l’éternité qu’évoque le tombeau solitaire du Grand-Bé.
« Bientôt dans l’espace vide que laissait l’écartement de ces deux chaînes de montagnes, nous découvrîmes le sommet des Pyramides : nous en étions à plus de dix lieues. Pendant le reste de notre navigation, qui dura encore près de huit heures, je demeurai sur le pont à contempler ces tombeaux ; ils paraissaient s’agrandir et monter dans le ciel à mesure que nous en approchions. Le Nil qui était alors comme une petite mer ; le mélange des sables du désert et de la plus fraîche verdure ; les palmiers, les sycomores, les dômes, les mosquées et les minarets du Caire ; les pyramides lointaines de Sacarah, d’où le fleuve semblait sortir comme de ses immenses
réservoirs : tout cela formait un tableau qui n’a point son égal sur la terre (…) »
« J’avoue pourtant qu’au premier aspect des Pyramides, je n’ai senti que de l’admiration. Je sais que la philosophie peut gémir
ou sourire en songeant que le plus grand monument sorti de la main des hommes est un tombeau ; mais pourquoi ne voir, dans la pyramide de Chéops, qu’un amas de pierres et un squelette ? Ce n’est point par le sentiment de son néant que l’homme a élevé un tel sépulcre, c’est par l’instinct de son immortalité : ce sépulcre n’est point la borne qui annonce la fin d’une carrière d’un jour, c’est la borne qui marque l’entrée d’une vie sans terme ; c’est une espèce de porte éternelle, bâtie sur les confins de l’éternité. (…) »
« On voudrait aujourd’hui que tous les monuments eussent une utilité physique, et l’on ne songe pas qu’il y a pour les peuples une utilité morale d’un ordre fort supérieur, vers laquelle tendaient les législations de l’Antiquité. (…)»
« Les grands monuments font une partie essentielle de la gloire de toute société humaine. A moins de soutenir qu’il est égal pour une nation de laisser ou de ne pas laisser un nom dans l’Histoire, on ne peut condamner ces édifices qui portent la mémoire d’un peuple au-delà de sa propre existence, et le font vivre contemporain des générations qui viennent s’établir dans ses champs abandonnés. »
Itinéraire de Paris à Jérusalem.