- L’auteur
- François René de Chateaubriand (1768-1848) a vécu quatre-vingt ans de l’histoire de France, a traversé les régimes politiques, a voyagé sur tous les continents, et a réussi à allier à ces expériences le temps de la réflexion et de l’écriture.
- Il est le précurseur du romantisme français. Il a été à la fois un spectateur et un acteur durant une période marquée par l’instabilité politique.
- Chateaubriand réalisa un voyage de cinq jours, du 2 au 6 août 1805, en Auvergne, qui lui inspira un récit resté inédit jusqu’à sa publication en 1829. Ce voyage est effectué peu de temps après deux événements majeurs dans la vie de Chateaubriand : la mort de sa sœur, Lucile, à laquelle il était très attaché, et la décision de mettre fin à sa courte carrière politique à Rome.
- Les quelques jours passés à Clermont et dans ses alentours représentent une occasion d’étudier les origines de cette ville, son histoire, sa vie culturelle, ses personnages… « Une multitude de souvenirs historiques s’attachent à différents lieux de l’Auvergne ». La capitale des « Avernes » qui tient son nom de sa position géographique (clare montem en latin) a connu toutes les influences, gauloise sous Vercingétorix, romaine sous César qui fit construire un amphithéâtre et un capitole, sans oublier les invasions des Visigoths et des Francs.
- Avant de quitter l’Auvergne, il s’attarde dans quelques lieux pittoresques, le Puy-de-Dôme, qu’il dit gravir avec autant de peine que le Vésuve, la fontaine pétrifiante de Saint-Allyre, les volcans éteints… Son plus grand désir était de visiter l’Auvergne avant de mourir, car cette région lui rappelait avec nostalgie la Bretagne de sa jeunesse : enfant, il se figurait que « l’Auvergne était un pays bien loin, bien loin, où l’on voyait des choses étranges, où l’on ne pouvait aller qu’avec de grands périls, en cheminant sous la garde de la Mère de Dieu. »
- Voyage à Clermont
« La position de Clermont est une des plus belles du
monde. Qu’on se représente des montagnes s’arrondissant en un demi-cercle ; un monticule attaché à la partie concave de ce
demi-cercle ; sur ce monticule Clermont ; au pied de Clermont,
la Limagne, formant une vallée de vingt lieues de long, de six,
huit et dix de large. (…)
Il ne reste aucune antiquité romaine à Clermont, si ce n’est peut-être un sarcophage, un bout de voie romaine et des ruines d’aqueduc ; pas un fragment du colosse, pas même de trace des maisons, des bains et des jardins de Sidoine. Nemetum et Clermont ont soutenu au moins seize sièges, ou, si l’on veut, ils ont été pris et détruits une vingtaine de fois. (…)
Je laisse de côté les curiosités naturelles de l’Auvergne, la grotte de Royat, charmante néanmoins par ses eaux et sa verdure, les diverses fontaines minérales, la fontaine pétrifiante de Saint-Allyre, avec le pont de pierre qu’elle a formé et que Charles IX voulut voir : le puits de la poix, les volcans éteints, etc. (…)
Je laisse aussi à l’écart les merveilles des siècles moyens, les orgues, les horloges avec leur carillon et leurs têtes de Maure ou de More, qui ouvraient des bouches effroyables quand l’heure venait à sonner. Les processions bizarres, les jeux mêlés de superstition et d’indécence, mille autres coutumes de ces temps, n’appartiennent pas plus à l’Auvergne qu’au reste de l’Europe gothique. (…)
Il y a longtemps que la Limagne est célèbre par sa beauté (…) Le bassin de la Limagne n’est point d’un niveau égal ; c’est un terrain tourmenté dont les bosses de diverses hauteurs
semblent unies quand on les voit de Clermont, mais qui, dans la vérité, offrent des inégalités nombreuses et forment une multitude de petits vallons au sein de la grande vallée. Des villages blancs, des maisons de campagne blanches, de vieux châteaux noirs, des collines rougeâtres, des plants de vignes, des prairies bordées de saules, des noyers isolés qui s’arrondissent comme des orangers, ou portent leurs rameaux comme les branches d’un candélabre, mêlent leurs couleurs variées à la couleur des froments. Ajoutez à cela tous les jeux de la lumière. (…)
Les deux degrés de différence entre la latitude de Clermont et celle de Paris sont déjà sensibles dans la beauté de la lumière : cette lumière est plus fine et moins pesante que dans la vallée de la Seine ; la verdure s’aperçoit de plus loin et paraît moins noire. (…)
Je suis allé au Puy-de-Dôme par pure affaire de conscience. Il m’est arrivé ce à quoi je m’étais attendu : la vue du haut de cette montagne est beaucoup moins belle que celle dont on jouit de Clermont. La perspective à vol d’oiseau est plate et vague ; l’objet se rapetisse dans la même proportion que l’espace s’étend. (…)
Il y avait autrefois sur le Puy-de-Dôme une chapelle dédiée à saint Barnabé ; on en voit encore les fondements une pyramide de pierre de dix ou douze pieds marque aujourd’hui l’emplacement de cette chapelle. »
Cinq jours à Clermont (Auvergne)