1. Rousseau : Le lac de Bienne

Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac de Genève, parce que les rochers et les bois y bordent l’eau de plus près; mais elles ne sont pas moins riantes. (…) 

C’est dans cette île que je me réfugiai après la lapidation de Môtiers1 … On ne m’a laissé passer guère que deux mois dans cette île, mais j’y aurais passé deux ans, deux siècles, et toute l’éternité, sans m’y ennuyer un moment. (…)

Je compte ces deux mois pour le temps le plus heureux de ma vie, et tellement heureux, qu’il m’eût suffi durant toute mon existence, sans laisser naître un seul instant dans mon âme le désir d’un autre état. (…) Jean-Jacques Rousseau (1782)

  1. Tolstoï : Lucerne

« Arrivé à Lucerne hier soir, 8 juillet, je me suis arrêté au meilleur hôtel, à Schweizerhof.
 » Lucerne est une vieille ville cantonale située au bord du lac des Quatre-Cantons « , dit Murray.  » C’est un des sites des plus romantiques de la Suisse. Trois routes principales s’y croisent, et à la distance d’une heure de bateau se trouve le mont Rigi, d’où la vue est une des plus merveilleuses au monde. « 

Quand, monté dans ma chambre, j’ouvris la fenêtre donnant sur le lac, la beauté de cette eau, de ces montagnes, de ce ciel, m’éblouit littéralement et me fit tressaillir. Je sentis une inquiétude intérieure et le besoin d’exprimer d’une façon quelconque le superflu de ce qui emplissait mon âme.

Je voulais en ce moment embrasser quelqu’un, enlacer fortement, chatouiller, pincer, en général faire quelque chose d’extraordinaire avec ce quelqu’un ou avec moi-même. Il était sept heures du soir. Toute la journée il avait plu, et maintenant il commençait à faire beau. 

Le lac, bleu comme du soufre enflammé, avec les pointes des canots et leurs sillages se perdant, immobile, poli, convexe, s’étendait devant les fenêtres, s’élargissait entre les rives vertes, plus en avant se resserrait entre deux énormes montagnes et, en prenant une teinte sombre, se heurtait et disparaissait dans les montagnes, les nuages et les glaciers, entassés les uns sur les autres. (…) »  Léon Tolstoï (1857)

  1. III.Misson : Lausanne

« La situation de Lausanne est extrêmement rude, et cet endroit a je ne sais quoi, qui paraît d’abord sauvage; cependant j’ai remarqué que cette ville est aimée de tous ceux qui la connaissent. Il y a diverses promenades fort agréables, particulièrement vers le lac; et on se loue fort de la civilité des habitants. (…)

Je suis allé à l’église cathédrale, qui est passablement grande, et assez belle pour le pays; mais non très grande et très belle comme ils se l’imaginent. Il y a quelques années que la muraille, toute épaisse et toute forte qu’elle est, fut fendue et entrouverte par un tremblement de terre, depuis le haut jusqu’au fondement; l’ouverture était si large, que les écoliers qui jouaient dans la place avaient accoutumé d’y mettre leurs manteaux et leurs portefeuilles. Quelque temps après, un nouveau tremblement de terre rapprocha les deux côtés du mur, et les resserra si bien qu’ils sont à peu près dans leur premier état. 

C’est une des principales curiosités dont on informe les étrangers à Lausanne. On garde à la maison de ville quelques monuments qui y ont été apportés des ruines de celle d’Arpentras, où est présentement le village de Vidy. (…)

Si vous avez le temps, allez entendre l’écho de la tour d’Ouchy, sous Lausanne, au bord du lac. Cet écho répète dix ou douze syllabes de suite. On vous dira en quel endroit il faut être placé. Allez voir aussi la grosse vigne de Pully. (…) »

  Maximilien Misson (1705)

  1. IV.François Robert : Berne

« Berne, capitale du canton de son nom, est la plus belle ville de la Suisse: mais ce n’est point assez dire, entre les plus magnifiques de l’Europe, elle tient un des premiers rangs ! On aura peine à concevoir qu’au milieu des rochers de la Suisse il puisse se rencontrer une ville qui le dispute aux villes les plus superbes de l’Italie ! la chose n’en est pas moins réelle.

La grande rue de Berne est telle qu’à coup sûr il n’est aucune ville au monde qui puisse en offrir une pareille. Une rue d’environ une demi-lieue de longueur, bordée de droite et de gauche, et sans interruption, d’hôtels plus magnifiques les uns que les autres; ornée, dans le milieu et de distance à autre, de colonnes, de fontaines, de statues peintes ou dorées; arrosée dans sa longueur d’un courant d’eau vive et limpide qui y entretient la propreté et la fraîcheur; accompagnée, de côté et d’autre, de portiques régnants d’un bout à l’autre, et décorée par intervalles de hautes tours qui y jettent un air de richesse et de grandeur: c’est là, je crois, ce qui ne se trouve en aucune ville du monde ! (…)

La grande horloge est dans une des tours qui décorent la rue principale. Elle indique, par divers cadrans, les heures, les mois, les quantièmes de celui où l’on est; elle indique les signes du zodiaque où se trouvent le soleil, les phases de la lune, et présente d’ailleurs diverses figures mouvantes d’hommes et d’animaux. (…) »

François Robert (1789)

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