- Guy de Maupassant (1850-1893) à travers la Provence
Extrait de Sur l’eau
« Nous regardions courir les côtes de la Provence, car c’était la Provence que je venais de traverser. La mer immobile, figée, comme durcie dans une chaleur lourde qui tombait du soleil, s’étalait sous un ciel infini. Les roues battaient l’eau et troublaient son calme sommeil. Et, derrière nous, une longue trace écumeuse, une grande traînée pâle où l’onde remuée moussait comme du champagne, allongeait jusqu’à perte de vue le sillage tout droit du bâtiment. »
- Gustave Flaubert (1821-1880) à Carcassonne
Extrait de Par les champs et les grèves
« Le lendemain de mon arrivée à Carcassonne, j’ai été sur la grande place. C’est là une vraie place du Midi, où il fait bon dormir à l’ombre pour faire la sieste. Elle est plantée de platanes qui y jettent l’ombre, et la grande fontaine au milieu, ornée de Naiades tenant entre leurs cuisses des dauphins, répand tout alentour cette suave fraîcheur des eaux que les pores hument si bien. On y tenait le marché (…)
En face de la ville moderne il y a la vieille, dont les pans de murs s’étendent en grandes lignes grises de l’autre côté du fleuve, comme une rue romaine. On y monte par une rampe qui suit la colline ; on passe les tours d’entrée et l’on se trouve dans les rues. Elles sont droites et petites (…) resserrées entre de vieilles maisons la plupart abandonnées ; de temps en temps un petit jardin avec une vigne et un olivier s’élève entre des toits plats. (…)
La ville est entourée d’un réseau de murs, romains par la base, gothiques par la tête ; on les répare, on les soutient du moins. »
- III.Victor Hugo (1802-1885) à Avignon
Extrait de Voyages
« Arriver à Avignon par un beau soleil couchant d’automne, c’est une admirable chose. L’automne, le soleil couchant, Avignon, ce sont trois harmonies. (…) De loin, l’admirable ville, qui a quelque chose du destin de Rome, a quelque chose de la forme d’Athènes. Ses murailles, dont la pierre est dorée comme les ruines augustes du Péloponèse, ont un reflet de la beauté grecque. Comme Athènes, Avignon a son acropolis. Le château des papes est son parthénon. Les collines sont calcaires, les toits sont italiens, ce qui enveloppe la ville d’un horizon plein de toits chaud et de lignes droites, que coupent dans le lointain des groupes de grosses tours rondes. (…)
Quand on approche de la ville, la figure grecque et antique de la vieille Avignon se modifie, sans disparaître pourtant, et l’idée catholique prend forme et se fait jour »
- IV.Stendhal (1783-1842) à Toulon
Extrait de Voyage dans le midi de la France
«Toulon, ville concentrée sur l’utile, avec ses rues droites et étroites (…) très joli boulevard de douze pieds de large, fort bien pavés de briques de champ. La chaussée du milieu destinée aux voitures, est fort bombée et pavée de magnifiques pierres carrées plus grandes que le grés de Fontainebleau qu’on emploie à Paris. Les trottoirs sont terminés par les beaux platanes qui sortent des briques, après quoi, vient une bordure de grosses pierres près d’un ruisseau d’eau claire coulant fort vite, comme à Tarbes.
Cet ensemble doit être délicieux en été, dans ce pays de poussière et de lumière éblouissante. (…)
Toulon a plusieurs petites places entièrement remplies par des platanes qui cachent le ciel. Celles-ci abondent en fontaines fort jolies, quoique sans luxe. A l’extrémité de la rue étroite qui aboutit au parc, à côté des fameuses cariatides du Puget, une fontaine, formée par un petit obélisque surmonté de deux têtes fort belles, accolées comme des têtes de Janus, produit un effet remarquable de beau antique. »
- V.Jean Giono (1895-1970) à Manosque
Extrait de Textes sur la Provence
« Un peu au-dessus de Manosque, une tendresse rit dans la lumière. C’est par des vallonnements doux que l’on monte dans la montagne de Lure. Ici c’est Vénus. Non pas l’Aphrodite qui sort de la coquille de Boticcelli, mais la virgilienne, la rustique, la Copa, cette Syrienne à la myrte grecque qui convie le passant à venir dans la chair et le vin parmi les fromages et les fruits cueillir le jour d’un jour. »
« Manosque est à la pente des collines, au fond d’un golfe de la plaine. Son coeur est une table de multiplication. Elle se réveille la nuit et, à voix basse, elle refait le compte de ses camions, dès le matin, elle attend la cédule où pour ce jour, et pour ce jour seulement, est marqué le prix de toutes les herbes : elle pointe les prix avec son doigt et elle regarde dans la plaine et dans la colline ce qu’elle pourrait bien arracher et vendre. »