- Victor Hugo (1802-1885)

Extrait de Voyage
« J’ai vu Dieppe, dont le château, assez beau encore d’aspect, n’offre plus qu’une seul débris curieux, c’est une assez belle fenêtre de la Renaissance (…) Mais une ville charmante, c’est Fécamp. L’église est du plus beau gothique sévère ; presque romane, avec des chapelles de la Renaissance qui sont des bijoux et de forts belles tombes du quinzième siècle (…)
« Ce que j’ai vu à Etretat est admirable. La falaise est percée de distance en distance de grandes arches naturelles sous les quelles la mer vient battre dans les marées (…) il y a, à droite et à gauche, des proches sombres ; l’immense falaise est à pic, la grande arche est à jour, on en voit une seconde à travers ; de gros chapiteaux grossièrement pétris par l’océan gisent de toutes parts. C’est la plus gigantesque architecture qu’il y ait. Dis à Boulanger que Piranèse n’est reine à côté des réalités d’Etretat »
« Nous avons vu Isigny, où nous avons passé la nuit en mer dans une barque de pêcheurs ; Honfleur qui a un port ravissant plein de mâts et de voiles, couronné de collines vertes, entouré de maisons étroites ; et puis Pont-L’Évêque où il y a toutes sortes de jolies maisons ».
- Charles Nodier (1780-1844)

Extrait de La Seine et ses bords
« Nous apercevons enfin les jetées de la ville de Honfleur, qui s’avancent pour inviter les bâtiments à se réfugier dans leur enceinte. (…)
Ce qui mérite surtout de fixer l’attention du voyageur, c’est le pèlerinage de Notre-Dame-de-Grâce, chapelle située sur la colline occidentale qui domine presque à pic la vielle de Honfleur. La route par laquelle on y monte a été rendue praticable aux voitures par des travaux récents. Sur le sommet de cette montagne, à peu de distance de la chapelle, s’élève un christ gigantesque à l’un des carrefours de la route. De cette plate-forme l’œil jouit d’une vue magnifique. Au pied de la croix, du côté de la mer , se termine subitement le plateau de la colline, et d’énormes éboulements semblent encore s’en détacher et rouler jusqu’au rivage, où le pêcheur occupé de ses filets apparaît comme un point sur la grève. »
- III.Chateaubriand (1768-1848)

Extrait de Mémoires d’outre-tombe
« Je me suis retiré à Dieppe, qui porta d’abord le nom de Bertheville, et fut ensuite appelé Dieppe, il y a déjà plus de quatre cents ans, du mot anglais deep, profond (mouillage). En 1778, je tins garnison ici avec le second bataillon de mon régiment : habiter cette ville, de brique dans ses maisons, d’ivoire dans ses boutiques, cette ville à rues propres et à belle lumière, c’était me réfugier auprès de ma jeunesse. Quand je me promenais, je rencontrais les ruines du château d’Arques, que mille débris accompagnent. (…)
Lorsque que je restais chez moi, j’avais pour spectacle la mer ; de la table où j’étais assis, je contemplais cette mer qui m’a vu naître, et qui baigne les côtes de la Grande-Bretagne, où j’ai subi un si long exil. »
- IV.Maupassant (1850-1893)

Extrait de De Paris à Rouen, texte publié dans Gil Blas, 19 juin 1883.
« Nous déjeunons à Elbeuf, patrie du drap. Partout des cheminées qui fument dans le ciel, des égouts qui crachent au fleuve des eaux vertes, rouges, jaunes ou bleues. Les vastes
bâtiments tremblent, secoués par des roues qui tournent ; la terre frémit, agitée par la fièvre des chaudières, par les hoquets de la vapeur, par le battement des machines. Tout ronfle, palpite, sue et halète. L’industrie règne ici»
Extrait de Le saut du berger, texte publié dans Gil Blas, du 9 mars 1882
« De Dieppe au Havre la côte présente une falaise ininterrompue, haute de cent mètres environ, et droite comme une muraille. De place en place, cette grande ligne de rochers blancs s’abaisse brusquement, et une petite vallée étroite, aux pentes rapides couvertes de gazon ras et de joncs marins, descend du plateau cultivé vers une plage de galet où elle aboutit par un ravin semblable au lit d’un torrent. La nature a fait ces vallées, les pluies d’orages les ont terminées par ces ravins, entaillant ce qui restait de falaise, creusant jusqu’à la mer le lit des eaux qui sert de passage aux hommes. Quelquefois un village est blotti dans ces vallons, où s’engouffre le vent du large. »