1. L’auteur 
  • Gustave Flaubert (Rouen, 1821 – Croisset, près de Rouen, 1880), écrivain français. 
  • Flaubert découvre la campagne bretonne en 1847. Avec son ami Maxim Du Camp, ils  traversent d’Anjou en Bretagne une campagne française où gronde déjà la Révolution de février 1848. Les récoltes sont mauvaises, les paysans en colère. L’année est à la révolte : Marx, réfugié à Londres, apporte les dernières corrections à son Manifeste, Emily Brontë signe Les Hauts du Hurlevent. 
  • Ils en rapportent « Par les champs et par les grèves ».
  1. La Bretagne

A Belle-Isle

« La mer tout à coup se présenta devant nous, resserrée dans une anse étroite, et bientôt sa grève faite de débris de madrépores et de coquilles se mit à crier sous nos pas. (…) nous étions sur la côte qui regarde la France, et nous avions le Palais à notre gauche. C’était sur ce rivage-là que nous avions vu la veille la grotte qui nous avait tant charmés. Nous ne fûmes pas longtemps à en trouver d’autres plus hautes et plus profondes.
Elles s’ouvraient toujours par de grandes ogives, droites ou penchées, poussant leurs jets hardis sur d’énormes pans de rocs aux coupes régulières. Noires et veinées de violet, rouges comme du feu, brunes avec des lignes blanches, elles découvraient pour nous, qui les venions voir, toutes les variétés de leurs teintes et de leurs formes, leurs grâces, leurs fantaisies grandioses (…)

Aspirant l’odeur des flots, nous humions, nous évoquions à nous tout ce qu’il y avait de couleurs, de rayons, de murmures : le dessin des varechs, la douceur des grains de sable, la dureté du roc qui sonnait sous nos pieds, les altitudes de la falaise, la frange des vagues, les découpures du rivage, la voix de l’horizon ; et puis c’était la brise qui passait, comme d’invisibles baisers qui nous coulaient sur la figure, c’était le ciel où il y avait des nuages allant vite, roulant une poudre d’or, la lune qui se levait, les étoiles qui se montraient. Nous nous roulions l’esprit dans la profusion de ces splendeurs, nous en repaissions nos yeux ; nous en écartions les narines, nous en ouvrions les oreilles. »

Belle ile en mer
Photo by Adrien Brun on Unsplash

Une procession à Quimper

« Le lendemain, à midi, les rues de Quimper se tendirent de draps de calicot, les cloches sonnèrent, on sema sur le pavé des roses et des juliennes, et dans les carrefours se dressèrent des espèces d’estrades décorées de colonnes de verdure où s’enroulaient des guirlandes de fleurs en papier peint. C’était le dimanche de je ne sais quelle fête. Sur le devant des portes on voyait les servantes dans leur toilette de campagne, avec des broderies de couleur sur les manches de leur casaquin et la tête prise entre leurs grands bonnets à barbes relevées et leur collerette raide qui fait l’effet par derrière d’une fraise à gros tuyaux ; leur jupe brune est plissée à petits plis serrés, droits comme ceux des gragow-brass, et leurs souliers découverts portent sur le cou-de pied de larges boucles d’argent. Aux fenêtres, la haute société, comme aux premières loges, attendait le spectacle du cortège. »

Près de Brest

« Le sentier que l’on suit devient plus étroit. Tout à coup, la lande disparaît et l’on est sur la crête d’un promontoire qui domine la mer. Se répandant du côté de Brest, elle semble ne pas finir, tandis que, de l’autre, elle avance ses sinuosités dans la terre qu’elle découpe, entre des coteaux escarpés, couverts de bois taillis. Chaque golfe est resserré entre deux montagnes ; chaque montagne a deux golfes à ses flancs, et rien n’est beau comme ces grandes pentes vertes dressées presque d’aplomb sur l’étendue bleue de la mer. » 

De Saint-Nazaire à Pornichet

« Aubépines, ajoncs. Chemins à travers les haies de Pornichet au Pouliguen. La baie déserte ; au bord des flots, sur le sable dur, des coquilles roses et blanches ; dunes couvertes de joncs. Le Bac – Pouliguen – Jusqu’au bourg de Batz, marais salins, pas un arbre ; paludiers (…) Vieille abbaye d’un bon gothique, toute découverte. Jusqu’au Croisic plus rien que des plaines de sable recouvertes d’une herbe maigre ; le ciel bleu pâle à grandes lignes blanches »

De Croisic à Guérande

Au bord de la mer et à travers les marais. Guérande sur une hauteur qui domine le pays ; les fortifications entourées d’arbres, petits peupliers (…) Caractère doux de ses ruines ; ces fortifications mes font pensées à Avignon. Moucharabieh éventré, lierres ; mais la beauté naturelle est au pied, dans l’eau sur laquelle les petites plantes vertes ont fait comme une grande couche de peinture. Eglise anglaise de caractère ; portail haut, d’une ogive assez pure et pas trop ornementée pour son époque »

Extrait de Par les champs et par les grèves.

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